Bref. Mon ego m’a dominé.

Excellente série Bref diffusée en ce moment sur Canal+ ! J’en regarde quelques épisodes de temps à autre directement sur le site internet et c’est en général très drôle, d’autant plus que la narration représente sans détour ni fioriture les pensées intimes du sujet principal (Kyan Khojandi) et qu’à ce titre c’est très intéressant car chacun peut reconnaitre certains de ses schémas de pensée. J’ai notamment bien ri l’autre jour en regardant l’épisode Bref. Je me suis fait agresser, je vous dirai pourquoi juste après que vous l’ayez vu, ça ne dure que 2 minutes :-) :

Bon, ce que je trouve excellent, c’est qu’on peut très facilement se retrouver dans ce genre de schémas de pensée qu’on a tous a posteriori, quand on voit et revoit en boucle une séquence de notre vie quotidienne d’où on est sorti perdant ou humilié, en imaginant de mille manières comment on aurait pu faire pour mieux se défendre efficacement, mieux sortir gagnant, pour mieux écraser l’autre, enfoncer l’autre, dominer l’autre, répondre à l’autre subtilement pour qu’il se sente à son tour humilié, pour qu’il comprenne qui est le maître à bord et que tout le monde en soit en soit le témoin, etc. Celui qui n’a pas expérimenté ces délires de puissance pourra se manifester dans les commentaires …

Ce qui se passe dans ce genre de dérive mentale, bien qu’éphémèrement et surtout « malsainement » souvent agréable, c’est qu’on est totalement dominé par notre ego, qui nous excite et nous embarque dans un mode de pensées imaginaires où on donne libre court à ses envies de domination primatoïde de l’autre, à ses pulsions de vengeance, de réparations radicales de pseudo-injustices, etc.

Mais attention : dans ce billet, peu importe qu’on ait eu raison ou pas dans l’expérience de vie quotidienne qui nous fait délirer en boucle, peu importe qu’on soit dans son droit ou pas (la personne dans le film a tout de même été bousculée et insultée !), etc. : ce que j’essaie de développer ici n’est pas la question de ce qu’il faut faire ou pas, comment il faut réagir ou pas — chacun doit voir ce qu’il a à faire pour faire respecter son droit —, mais c’est la question de la facilité de la prise de contrôle de notre moi conscient par l’ego. C’est une prise de contrôle handicapante, car elle monopolise notre moi conscient, nous coupant de nos aspirations spirituelles et éthiques.

C’est typiquement le mode de fonctionnement de notre moi conscient de surface, dont on a déjà parlé, qui est géré par l’ego, qui a pour souci son bien être et donc la réparation immédiate de toute atteinte à son intégrité, ce qui est parfaitement normal, mais avec en réalité une dérive égoïste constante, souvent au mépris de l’éthique.

A contrario, pour la même situation, revoir le problème en se positionnant dans son moi conscient profond serait, même si c’est plus difficile et moins « malsainement agréable », beaucoup plus productif sur le plan de notre accomplissement éthique. Ce serait le moyen de prendre du recul, de réfléchir au pourquoi de ce qui nous arrive – par exemple, chercher la cause ou une part de responsabilité en soi -, de voir les conséquences de nos réactions inadaptées basées sur les exigences instinctives de l’ego, de décider de ce qu’il convient de faire en accord avec notre raison et notre conscience morale, etc. Il ne s’agit pas pour autant d’être un pleutre : même si les décisions prises de cette manière engendrent une sanction musclée où notre adversaire se retrouve à terre, au sens propre comme figuré, cela aura été validé un raisonnement et un objectif sains qui de nous éloignent pas de notre humanité. Voire qui nous en rapprochent.

Bref. Mon ego m’a dominé.

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2 Responses to Bref. Mon ego m’a dominé.

  1. adissam says:

    Video très parlante pour illustrer ce tourbillon de pensées ! Tourbillon souvent clos duquel il est difficile de sortir.

    En prenant de la hauteur ou de la profondeur (dans ce « moi conscient profond »), est-ce cela peut agir comme un signal d’alarme plus général ?

    Par exemple, j’ai peux avoir tendance à me laisser faire dans ma vie professionnelle. Il y a un risque bien entendu. J’ai remarqué qu’être ferme était beaucoup plus bénéfique pour moi et même pour les autres à long terme.
    C’est très dur en pratique. Un risque est de tomber dans la dureté et non plus d’être ferme sur le coup.
    Après, on est souvent aidé dans ces scénarios de la vie, et on y puise l’énergie pour réagir de façon juste.

    Des expériences vécues qui m’arriveront encore tout au long de ma carrière.

    Bonne continuation à votre site !

  2. Pingback: Bref. Je me sens coupable, et puis j’oublie. Et alors ? | Médecine de l'âme - le blog : un médecin s'interroge

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