Du patient qui refuse les soins … 2ème épisode

Je l’ai revu ! Je vous avais parlé de ce patient qui avait, malgré mes explications, malgré tous les risques qu’il encourait, refusé obstinément de se faire hospitaliser. Et bien aujourd’hui il était là, en salle d’attente, tranquillement assis, fier, droit sur sa chaise, en train de me regarder avec un grand sourire qui voulait aussi dire « tu vois, je suis toujours en vie ! ». Pour tout vous dire je ne savais pas en l’appelant lorsque c’était son tour, quel visage j’allais montrer, quelle était la meilleure des attitudes à avoir : le « réflexe » voulait de moi que je joue le genre hautain, vexé et sec, le docteur qui n’a pas digéré qu’on ne lui obéisse pas et qui est bien obligé d’admettre que ses prédictions ne se sont peut être pas réalisées et qu’il passe maintenant pour un alarmiste stressé — même s’il sait qu’il avait pertinemment raison d’être alarmiste et stressé — … Mais il était aussi possible de garder une ligne plus humble et finalement plus humaine, celle qui voudrait que l’on pense avant tout au bien du patient, c’est à dire se montrer — pas seulement se montrer : plutôt être — indulgent et tolérant : après tout chacun est libre de ses choix, notre devoir est d’expliquer et de soigner celui qui veut être soigné, sans plus. Bon pour cette fois ci j’ai opté pour la deuxième attitude, je me suis dit aussi que ce serait la moins contre-productive si aujourd’hui encore je retrouvais des arguments pour une prise en charge médicale urgente. Bien m’en a pris ! Car le patient venait en fait me remercier pour le temps que j’avais pris la dernière fois,  me dire qu’il avait beaucoup réfléchi, que mes explications avaient fait leur chemin, et qu’il était maintenant prêt à écouter tous mes conseils, à faire tous les examens que je voudrais lui prescrire, rester à l’hôpital si je pensais que c’est ce qu’il y avait de mieux pour lui. Immense soulagement. Petite bouffée de satisfaction aussi. Je vous passe la suite de mes états-d’âme … Cette personne ayant maintenant confiance en moi, j’ai pu commencer à la prendre en charge dans les règles de l’art.

Ce deuxième épisode renforce encore ce lien qui m’a paru limpide dès le début avec notre souci — ou notre non-souci — de la santé de notre âme. En voyant comment a évolué l’état d’esprit de mon patient — cette histoire s’étant déjà répétée sur le même mode des dizaines de fois avec d’autres patients, pour des problèmes plus ou moins urgents, parfois juste une histoire de prendre un traitement ou pas, de faire un examen ou pas —, je vois encore une fois qu’à un moment, quand on bute contre un obstacle existentiel,  qu’on est plein de préjugés, qu’on a déjà pris beaucoup de décisions toutes faites sans vraiment prendre le temps,  et bien pour avancer il faut se donner un peu de mal et réfléchir. Et ne pas abdiquer sa raison.

C’est ce qu’a fait notre patient. Après un premier rejet, massif, qui était aussi vraiment une prise de risque, il a réfléchi, médité, pesé le pour et le contre, il s’est renseigné sur sa maladie, sur le service dans lequel je travaille et dans lequel je lui proposais de rester, certainement sur moi aussi, en utilisant un maximum les services de Google … Il a peut-être aussi pris du temps pour régler ses comptes et faire son testament ou que sais-je encore avant de revenir me voir … Toujours est-il qu’après cette explication un peu musclée de la première consultation, véritable déclic, et après une phase de réflexion, il est revenu, « prêt à en découdre, et sans compromis Docteur ! ».

Pour la médecine de l’âme, c’est la même chose. Sauf qu’on ne s’est pas forcément fait remonter les bretelles par son médecin, ou qu’on est pas passé entre les mailles d’une campagne de dépistage de telle ou telle pathologie. Si on veut être un patient sérieux, et un médecin sérieux pour nous-même, on a aussi ce devoir de réflexion, qui doit nous permettre de prendre des décisions de soin pour notre âme, avec conviction. Cela nécessite de se bouger un peu. De  considérer les informations et de les traiter sans préjugé.  D’être attentif et de faire des recherches — pour notre âme non plus, on ne va tout de même pas accorder notre confiance à n’importe quelle type de médecine, adhérer à n’importe quel concept soit-disant spirituel, et croire n’importe quelle personne qui se dit médecin ! —. De ne pas abdiquer sa raison. Et de ne ne pas laisser passer l’info qui doit générer ce déclic. Prêt à en découdre, et sans compromis Docteur ;-) !

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