Médecine de l’âme : jouer le jeu de la causalité !

« Sans l’intervention d’une cause, rien ne peut être engendré » (Platon, Le Timée). Qu’est ce que la causalité ? Pourquoi la causalité est-elle un concept fondamental de la médecine de l’âme ? Nous allons voir que comprendre cela va bien au-delà de l’assimilation basique du principe de causalité, qui est de constater que tout a une cause, et qu’une même cause, dans les mêmes conditions, est nécessairement suivie du(des) même(s) effet(s) : nous en discuterons les implications non seulement sur le plan « médical », mais aussi sur le plan de notre conception du monde, de son origine, et  plus globalement de notre raison d’être.

1. Causalité et approche médicale

Restons pragmatique : ce post n’est pas une mise au point sur l’histoire du concept de causalité, qui a beaucoup été étudié et débattu et même remis en question dans des domaines variés, de la physique à la philosophie.  On trouvera en ligne de très bonnes synthèses. Le but ici est de proposer une approche pragmatique de ce concept, à mon sens fondamental. Partons de ce qu’on connaît le mieux en poursuivant notre analogie avec la médecine, celle que j’exerce tous les jours à l’hôpital : cette démarche médicale quotidienne, que ce soit pour le médecin ou pour le patient — vous en aurez tous fait l’expérience —, est fondée sur l’étude, la connaissance et la mise en pratique des lois causales qui concernent le fonctionnement de notre corps :

  • En tant que médecin nous passons notre temps à rechercher les causes :

La cause des symptômes, des souffrances, la cause des maladies, des dysfonctionnements des structures de l’organisme, du niveau le plus superficiel jusqu’au niveau microscopique, etc. Et ceci que ce soit en consultation (le patient se présente avec une plainte, ou nous remarquons un signe de maladie alors que le patient se dit asymptomatique, etc.) ou en matière de recherche médicale scientifique (connaître c’est connaître par la cause : on teste différentes hypothèses de causes avec des modèles expérimentaux, on crée des causes que l’on estime proches pour voir si les effets sont ceux constatés en clinique, etc.).

  • En tant que médecin nous passons notre temps à mettre en œuvre des causes précises pour obtenir des effets précis :

- C’est le principe de la thérapeutique, du traitement : en donnant tel médicament, en réalisant telles manipulations, en écoutant mon patient avec attention, en opérant selon les techniques opératoires éprouvées, je sais que je vais apporter tel bénéfice à mon patient, que ce soit en terme de bien-être physique et/ou psychique, de diminution de son risque de complications, d’hospitalisation, de mortalité, etc.
– C’est le principe de la prévention : mettre en œuvre des causes précises pour que telle pathologie ne se développe pas, sachant que le lien entre certains paramètres (causes) et certaines maladies (effet) a parfois mis énormément de temps avant d’être mis en évidence (exemple du tabac, son impact sur la mortalité est aujourd’hui évident mais n’a pas toujours été admis) : c’est la médecine préventive.

Il y a donc une utilisation de cette trame causale en termes de compréhension, comme en termes de traitement et de prévention. D’un côté on « remonte » la chaine des causes pour comprendre, d’un autre on utilise nos connaissance de cette causalité « descendante » pour prévoir, traiter ou prévenir.

Tout ceci paraît évident, à tel point que lorsqu’on pratique la médecine on ne se pose pas toutes les deux minutes la question en termes de causalité : on connaît la théorie, on l’a apprise, on connaît les effets de sa mise en pratique, les diagnostics et les traitements se succèdent au rythme des consultations. On n’y pense pas, on agit automatiquement, car la causalité fait partie de nous comme nous sommes immergés dans sa trame. Et c’est d’ailleurs le même principe dans tout ce que nous réalisons, entreprenons, imaginons, prévoyons, etc.

2. Médecine de l’âme : jouer le jeu de la causalité

Si maintenant, après cette description d’une activité médicale classique, on se replace dans le cadre de notre organisme âme/psyché, qu’en est-il ? De la même manière le fonctionnement de notre corps et sa médecine sont fondés sur la causalité, du macroscopique au microscopique, et bien le fonctionnement et la médecine de notre organisme âme/psyché sont fondés sur la causalité. Si on adhère à ce postulat, de la même manière qu’on a admis et qu’on expérimente tous les jours le postulat d’une causalité reproductible dans tous les domaines de notre vie quotidienne, il faut alors en jouer le jeu :

  • Comprenons qu’il est non-productif de penser que la médecine de l’âme peut se mener comme un passe-temps

Ou qu’elle peut être considérée comme une activité distractive au même plan que la recherche d’états paranormaux ou autres états prodigués par des pseudo-spiritualités qui ne proposent que des sensations aléatoires et éphémères : il s’agit au contraire de se transformer au niveau le plus profond, de se perfectionner, d’accomplir notre humanité, et pour cela il faut, tout comme en médecine classique, connaître les causes et les moyens appropriés pour obtenir les effets recherchés. Il est question d’augmenter sa connaissance et sa compréhension de nous même et des vérités spirituelles : ainsi, de la même manière que pour devenir médecin il faut suivre les études appropriées et avoir une démarche organisée et sérieuse, pour devenir le médecin de sa propre âme il faut suivre cette même démarche rigoureuse, qui n’a rien, mais alors vraiment rien à voir avec la recherche d’amusements émotionnels qui sont tellement à la mode et polluent l’idée noble d’une démarche spirituelle. Jouer le jeu de la causalité ici sera d’identifier et de comprendre les relations causales qui sont à la base du fonctionnement de notre âme, de notre esprit, et de mettre à profit la stabilité de ces relations pour actualiser de la meilleure manière cette part de responsabilité que l’on a dans notre devenir, et pour nous accomplir. En d’autres termes, ne pas se tromper de matière, ni de but, ni de moyens d’y parvenir.

  • Évertuons-nous à rechercher et à comprendre la cause de nos symptômes, c’est-à-dire les dysfonctionnements au niveau de notre mOI

Par exemple, je suis fatigué et déprimé : est-ce en premier lieu pour une raison organique physique, par exemple un problème thyroïdien, ou est-ce lié à un authentique surmenage ?  Et/ou est-ce la conséquence de vexations récurrentes de mon ego exacerbé ? Ou est-ce que c’est parce que je me suis rendu compte que telle personne que je jalouse vient de prendre tellement d’avance sur moi qu’elle est maintenant « hors de portée » ? Ou cela provient-il d’une réelle tristesse morale ? Etc. Il s’agit d’une véritable enquête diagnostique, qui devrait être systématisée et systématique : de la même manière que lorsqu’on a une éruption cutanée on essaie rapidement de savoir ce qui se passe (en clair nous courrons chez le médecin, persuadés que ces quelques boutons peuvent être le début de la fin !), nous devrions nous attacher à identifier nos tendances, habitudes, traits de caractères, etc., qui vont à l’encontre du développement de notre humanité véritable. Prendre à cette fin pour base de travail les signes cliniques accessibles (comme celui qui scrute sa peau en vérifiant tous les jours que cette fameuse éruption ne réapparaît pas …) : nos comportements, paroles, et surtout nos pensées et nos émotions, et en rechercher les causes : pourquoi me-suis je comporté de telle façon ? Quel était mon but ? Pourquoi cette bouffée de pensées et d’émotions négatives après avoir croisé X. ? Pourquoi suis-je si intéressé par les potins concernant Y. ? Pourquoi, alors que je m’estime une personne altruiste et généreuse, j’ai catégoriquement refusé de donner un coup de main peu chronophage à R. ? Ou dans un autre registre, d’une tonalité inverse on pourrait dire : remarquer que face au désespoir de F., j’ai été pris de compassion alors qu’habituellement elle est plutôt indifférente à mon égard et que j’avais pris l’habitude de me montrer un peu désagréable à son égard ; ou : alors que mes collègues se plaignent de mon manque d’écoute et de considération, je me suis forcé à être plus tolérant et j’ai écouté avec attention toutes les idées de mon équipe concernant le nouveau projet de soin …  Comme vous le voyez dans ces exemples, c’est réellement en soi que l’on trouve la cause profonde (les causes extérieures peuvent être favorisantes, mais le fond, le ferment du problème, le point d’accroche de ces causes extérieures, est en nous) : « Le sage demande à lui-même la cause de ses fautes, l’insensé la demande aux autres » (Confucius) ; Et aussi : « L’origine de tout ce qui nous arrive est en nous-même ; c’est donc à l’intérieur de soi qu’il faut en trouver la cause » (Ostad Elahi ; lire aussi au sujet de cet auteur L’entendement spirituel et le système causal). En d’autres termes, ne pas banaliser toutes ces symptômes qui ne sont que des modalités d’expression de notre notre soi, en trouver la cause, et surtout poser un diagnostic  clair  : cette relation cause-effet est-elle « positive », va-t-elle dans le sens de mon humanité ? Ou est-elle « négative », compromettant la santé de mon âme et son perfectionnement ?

  • Sur le plan du traitement : essayons de mettre en œuvre les causes appropriées pour un bénéfice palpable au niveau de notre âme :

Face à tel dysfonctionnement, nous devons être capable d’opposer un traitement. De manière « logique », nous pourrions dire qu’il suffit d’opposer à tout dysfonctionnement son contraire : nous sommes égoïstes ? Soyons généreux. Nous sommes intolérants ? Soyons tolérants. Etc. C’est une très bonne démarche, mais le cas de chacun est si particulier qu’il n’existe pas de loi générale ; tout comme pour un traitement en médecine, il faut trouver la dose appropriée, pas trop forte d’emblée, ne pas se fixer des résultats inatteignables au risque de se décourager, etc. Ce qui est certain, c’est qu’en s’opposant à tout ce qui met en avant notre ego égoïste, en se forçant à favoriser l’autre, le bien de l’autre, ou même si on n’y arrive pas, en prenant au moins le temps de réfléchir à l’éventualité de faire cet effort là, on a une petite  idée de l’orientation qu’il faut prendre pour développer des qualités réellement humaines et résorber les dysfonctionnements qui existent au sein de notre organisme âme/psyché.

  • Sur le plan de la prévention :

Être capable de repérer les relations causales qui existent entre l’exposition à certains toxiques « intérieurs » ou « extérieurs » et la diminution de notre envie de s’occuper de notre âme, voire le développement de réelles maladies de l’âme. Connaître à l’opposée les relations causales qui existent entre l’exposition à certaines influences extérieures ou intérieures qui vont, elles, accentuer notre sérieux et notre envie de nous perfectionner.

3. Causalité et conception du monde

Au-delà (ou : en amont  … question de point de vue) de l’impact de la causalité dans notre approche de la médecine de l’âme, cette question soulève des problématiques plus larges, la causalité étant définitivement liée à une quête de vérité, et l’idée de cause associée à celle de « raison d’être ». Par problématique, j’entends :

  • celle du processus de notre création / apparition en tant qu’existant (quelles causes sont à l’origine de ma création / de mon apparition ?).
  • que trouve-t-on en amont de ce processus et des causes qui l’ont permis si l’on remonte la chaine de causes : comment — ou peut-on — penser une cause des causes ?

A réfléchir …

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