A propos d’un choix de garde : altruisme ou embrasement de l’ego ?

Choix de garde. Choix des dates où l’on sera de garde à l’hôpital. Difficile. Discussions. Demandes. Dilemmes. Concessions. Bilan intérieur. Compte-rendu de discussions et « débriefing éthique » entre collègues, à la suite de services rendus avec plus ou moins de satisfaction et de sérénité pour tous les protagonistes …

Donc : choix de garde … En d’autres termes choisir un jour où on sera de garde à l’hôpital, on y passera une journée normale, puis toute la nuit, avec tout ce que cela implique … Deux versions :

Version 1. Un collègue est dans une situation difficile, il est très pris, n’arrive pas à se libérer de ses engagements, on lui propose de le soulager, on lui prend sa garde, il nous remercie, il nous trouve vraiment sympa et à l’écoute, on est d’accord avec ce diagnostic, on apprécie ses remerciements sincères, on aime bien les compliments, c’est vrai, on est quelqu’un de bien, on se sent bien.

Version 2. Un collègue est dans une situation difficile, il est très pris, n’arrive pas à se libérer de ses engagements, il nous demande de lui prendre sa garde, ce jour là on n’est pas en forme, cette demande nous irrite encore plus, on n’aime pas être forcé à rendre service, on n’aime pas avoir le couteau sous la gorge … Finalement on accepte. Mais avec des freins intérieurs qui persistent, une crispation qui fait qu’on regrette d’avoir accepté, on a l’impression de s’être fait encore une fois rouler, on va dire à nos proches qu’encore une fois on a été « trop bon », eux nous répondent alors « oui, tu devrais aussi penser un petit peu à toi », etc. On est bien loin de l’altruisme véritable.

Une caractéristique se dégage. C’est parfois tellement plus facile de proposer à quelqu’un de lui rendre service que d’avoir à accepter de rendre ce même service parce qu’on nous le demande.

La raison en est très simple.

Dans un cas on le fait – apparemment – de bon cœur et sans effort, et on passe pour le sauveur, ce qui est plutôt flatteur pour notre ego ; dans l’autre cas on se sent pris à la gorge, on ne supporte pas qu’on nous force la main, on accepte mais notre altruisme n’est que de façade et il faut parfaire le « fond » … et ceci pour le même service, pour la même personne. Évidemment, on trouvera bien d’autres configurations de pensées et d’actes, et il n’est pas question de juger tel ou tel comportement. Mais si on veut avancer dans la connaissance de nous-même, et c’est l’idée ici, dans tous les cas commençons par nous poser la question de l’emprise de l’ego sur nos décisions et nos intentions profondes. Que cherchons-nous en rendant proposant notre service, pourquoi sommes-nous irrités par une demande inattendue ? Prenons-nous nos décisions en mettant en avant — soyons sincères avec nous-mêmes — la satisfaction de notre ego, même au travers d’un effort de don de soi, de service à autrui ? Ou sommes-nous avant tout motivés par le développement de notre humanité, qui ne peut que s’accompagner d’altruisme véritable et d’ouverture à l’autre, mettant alors de côté ce plaisir égoïste qui nous télécommande si souvent ? Parfois un peu des deux, certainement, il faut éclaircir tout ça et ne pas se faire avoir …

Avant le prochain choix de garde, pour se détendre un peu face à cette question de la recherche des manifestations de l’ego en nous, revoyez Bref. Mon ego m’a dominé.

Share
This entry was posted in Humeur de toubib and tagged , , , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>