Société psychotoxique : quelle immunité pour l’âme ?

Une société « matérialiste » est « psychotoxique ». C’est Christophe André, médecin psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, auteur à succès (Les états d’âme, ou apprentissage de la sérénité, son dernier ouvrage paru chez Odile Jacob en 2009), qui nous livre ce cliché sans détour au cours de cet entretien vidéo.

Matérialiste, il nous explique pourquoi, et avec un peu de bon sens et de sincérité envers soi-même, on ne peut qu’adhérer. Les attraits matériels au stade de « valeur suprême », érigés au « rang de dieux », il n’y a qu’à s’observer, regarder ce qui se passe autour de nous, et le diagnostic est fait. Encore faut-il comprendre où est l’excès, ce qui reste très individuel et contextuel, pourquoi il y a excès — ou défaut —, et savoir quels sont nos « vrais besoins ». Cela dit, cette critique d’une société hypermatérialiste n’est pas neuve, et c’est surtout sur cette notion de psychotoxicité que je voulais rebondir.

En parlant de psychotoxicité, on est pour moi en plein dans la médecine de l’âme. Dans le mille. Cette idée me permet d’introduire brièvement toute une série de notions qui tournent autour de la construction d’une immunité, ou d’un système immunitaire pour l’âme. En effet, vivre dans un environnement « toxique » tout en restant en bonne santé exige la présence d’un système de « défense » efficace. Les concepts de toxicité et d’immunité impliquent : (1) un agent toxique, (2) un organisme cible, (3) une réponse de cet organisme, et (4) des conséquences potentiellement graves liées justement à la toxicité de l’agent, et fonction de la qualité de la réponse de l’organisme.

Reprenons une à une ces idées :

  • l’organisme cible : c’est notre organisme âme-psyché, c’est-à-dire notre soi, notre âme, via notre psyché.
  • l’agent toxique : en médecine il s’agira de substances toxiques que l’on touche, que l’on respire, que l’on ingère, mais aussi d’agent infectieux tels que les microbes (bactérie, virus, etc … ), qui infectent l’organisme  et libèrent pour certains des toxines parfois très dangereuses. Qu’est-ce qui est toxique de la sorte pour notre esprit, notre pensée ? En parlant de société psychotoxique, il est question d’idées, de valeurs, qui pénètrent notre psyché et l’influencent, voire l’asservissent. Du point de vue de la santé de l’âme, ces agents toxiques pourraient être tout ce qui est de nature à entraver son développement, sa croissance, son perfectionnement moral, son accomplissement éthique, etc. Leurs effets seront variables selon la réponse que l’on va opposer — encore faut-il être conscient de l’agression —, et peuvent aller jusqu’à une altération voire un anéantissement du corpus de concepts, idées, convictions, etc. qui sont les nôtres. Christophe André nous explique d’ailleurs certaines de ces complications, et propose quelques pistes de prévention ou de traitement. Cette assimilation d’idées toxiques en nous est un processus qui serait à développer longuement : pourquoi certaines idées trouvent-elles un écho en nous et pénètrent, modifiant petit à petit et souvent de manière inconsciente nos schémas de pensée, nos convictions, puis nos réactions, nos émotions, alors même que de prime abord on se défendrait de développer de telles pensées ? Comment faire la part des choses, lorsque l’on constate qu’au fil des mois, des années, nos idées, notre système de valeur, notre sensibilité pour le spirituel , etc., ont changé, entre la conséquence d’une certaine  psychotoxicité inconscience de la société qui nous entoure, et une évolution personnelle au travers d’une analyse par la raison ? Sachant qu’à l’évidence, la réflexion rationnelle ne peut s’affranchir  des influences extérieures, qui la nourrissent.
  • la réponse de l’organisme : quelle immunité pour l’âme ? Sur le plan physique, nous sommes constamment entourés de plusieurs milliers d’agents toxiques, et si nous pouvons faire face et rester en vie c’est  d’une part parce que notre système immunitaire est fonctionnel, et ceci de manière entièrement automatique (il identifie les agresseurs, les combat, et mémorise leurs caractéristiques pour réagir plus vite à la prochaine agression), d’autre part en raison de notre connaissance des dangers du terrain qui fait par exemple qu’on va faire vérifier son système de chauffage (pour ne pas mourir intoxiqué par le monoxyde de carbone),  qu’on va faire attention et ne pas manger n’importe quel champignon ramassé en forêt, qu’on va éviter le contact des produits dangereux avec la peau, etc., c’est en quelque sorte une médecine préventive. Or, de la même manière, nous sommes agressés sans répit par une myriade d’informations, pensées, influences, idées, etc. potentiellement psychotoxiques : quels sont ces agents toxiques auxquels l’âme doit faire face ? Comment les reconnaître ? Comment réagir ? Comment l’âme peut-elle se préserver à leur contact, tout en se développant ? Car il apparaît bien qu’alors même que cette société est ultra-matérialiste et, comme le dit Christophe André, psychotoxique dans certains de ses aspects, elle reste un terrain d’immersion et d’exercice nécessaire pour qui veut s’accomplir : en effet, comment parfaire en soi les vertus sans confrontation à l’épreuve, à la difficulté ?

Mais attention, en parlant de société psychotoxique, et de répercussions sur notre psyché et au-delà, sur notre âme, nous n’abordons qu’une seule dimension du risque sanitaire … Il existe en effet un autre danger pour la santé de notre soi, probablement le plus toxique … Ce danger est en nous-mêmes, généré sans relâche  par cette part de notre soi qui s’oppose systématiquement à l’idée de progrès moral, d’effort éthique, cette part de notre soi qui est à l’origine de nos défauts et pensées négatives et qui serait justement – quelle transition :-) – le point d’ancrage idéal pour des agressions toxiques extérieures de la même tonalité, de la même couleur …

Mais  terminons par une note d’optimisme : après avoir lu ce qui précède, inutile de désespérer de la tonalité du monde ambiant, de la couleur de la société actuelle, ou encore de la puissance  de l’impact de nos défauts sur notre pensée : ces agressions extérieures comme intérieures sont en réalité utiles dans la mesure où elles sont l’une des conditions de notre accomplissement (optimisme) … encore faut-il les reconnaître, les expérimenter, les maîtriser (réalisme :-)) … Vous admettrez qu’à défaut d’antibiotiques efficaces à prendre « par la bouche », une immunité de l’âme optimale est l’une des clés de sa médecine ! Nous y reviendrons bientôt.

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