L’éthique c’est comme les diurétiques : gare au conditionnement !

Incroyable histoire de diurétiques remplacés par un somnifère, histoire de furosémide remplacé par le zopiclone dans quelques centaines de boîtes de de furosémide peut-être délivrées par les laboratoires TEVA. Le diurétique en question est un générique du LASILIX®, le furosémide. Je ne vais pas remettre le couvert sur la question des génériques ici, d’autres comme Jaddo l’ont déjà abordée non sans humour. D’un côté on est de plus en plus méfiants (c’est normal) face aux nouveaux médicaments en raison des scandales récents notamment, et les patients acceptent parfois difficilement ces « nouveaux » médicaments (on peut les comprendre, je sais bien que moi-même pour me faire accepter de prendre un traitement au long cours il faudrait me présenter de très très bons arguments). Mais d’un autre côté, cette fois ci, les « bons » médicaments, bien anciens, bien connus, sans surprises, qui ont fait la preuve de leur efficacité dans des bonnes règles de prescription et de surveillance, qui sont utiles à tel point que ne pas les proposer dans les bonnes indications serait anti-éthique, et bien certains patients ne les ont pas trouvés dans l’emballage : exit le furosémide, exit le principe actif nécessaire, car c’est précisément ce principe actif qui guérit, c’est lui qu’il faut administrer. Tiens, mange à la place sans le savoir ce fameux somnifère, le zopiclone, un générique de l’IMOVANE®.

Cette histoire fait énormément de remous depuis quelques jours, (et c’est normal) : enquêtes, reportages, déclarations, rappels de tous les lots, etc. Cela-dit, des contrôles sont en cours pour confirmer toutes ces données. Des décès ont été rapportés et ont été hypothétiquement liés à l’arrêt des diurétiques. Toutes les personnes qui prennent d’ordinaire ce médicament ont eu peur et vont avoir peur, toutes celles qui n’en prennent pas vont maintenant se demander si elles ont raison de faire confiance aux laboratoires pharmaceutiques. Je viens de voir une patiente d’ailleurs dont le médecin traitant a tout de suite agit de manière hyper efficace en vérifiant les lots, elle prenait un somnifère depuis 1 mois à double dose car elle avait aussi une prise de zopiclone (le vrai) le soir ! Elle se trouvait un peu somnolente en effet, et surtout ses jambes avaient petit à petit doublé de volume avec l’arrêt du diurétique. Ce qui est (presque) drôle, c’est que toutes les personnes, âgées ou pas, qui avaient d’ordinaire du mal à retenir les noms des génériques  (LASILIX® on ne sait pas pourquoi mais ça se retient mieux que furosémide) connaissent parfaitement maintenant le furosémide et angoissent un peu. Pourquoi avoir peur d’une nouvelle erreur ? Car on palpe très facilement d’une part les conséquences  de la prise d’un hypnotique plusieurs fois par jour alors qu’on en a pas besoin : c’est dangereux, ça peut tuer ; et d’autre part les conséquences dramatiques pour certains patients de ne pas prendre le diurétique plusieurs fois par jour alors qu’on en a besoin : ça aussi c’est dangereux, ça peut tuer.

Les diurétiques, l’éthique : ça collait trop bien pour ne pas voir l’analogie. Bon je n’ai pas osé lancer l’association fixe diurétique + éthique DIURETHIQUE® en prise quotidienne de préférence pendant le repas, restons sérieux, il n’y a pas assez de recul et on se trouve devant un manque certain d’études disponibles  ! Attention donc au conditionnement de l’éthique : c’est là où je veux en venir : tout un chacun se targue d’éthique, de morale, d’empathie, d’écoute, de bon comportement, de je me mets à la place de l’autre, etc. C’est vrai que l’éthique est une nourriture pour l’âme, surtout si elle est mise en pratique. Mais là aussi : est-on bien certain de ce que nous ingérons ? Si tant est que nous ingérons quelque chose ? Le conditionnement qui nous est présenté est-il bien le bon ? Ces principes que nous faisons nôtres, parfois avec effort, les idées ambiantes que nous ingérons, nos schémas de pensée qui évoluent, les concepts qui nous convainquent sont-ils réellement des principes éthiques qui correspondent à la nature de notre âme ? Quel est le principe actif dont nous avons besoin ? Sommes nous certains que nous ne sommes pas en train de consommer un autre principe actif (comme pour le médicament : c’est dangereux, ça peut tuer), ou de ne pas consommer le principe actif prévu (idem, c’est dangereux, ça peut tuer) ? On rejoint la question de la vérité posée dans un billet précédent Toucher la vérité sans la voir : un immense violoniste (Joshua Bell) dans le métro : quelle vérité faire sienne, quels principes éthiques mettre en pratique ? De quel nutriments nourrissons-nous notre esprit, notre psyché, notre âme ? Et d’ailleurs se connaît-on suffisamment bien pour voir ce dont on a besoin ? On se croit tous peu influençables … mais est-ce la réalité ? Quels sont nos critères pour décider de la justesse d’une pratique éthique personnelle ou d’exercices spirituels comme le suggérait Pierre Hadot ? Je dois être plus généreux, ou moins généreux ? Faire plus attention à moi ou aux autres ? Je dois être moins jaloux, ou la jalousie du moment que ça ne se voit pas, après tout … Je dois être plus à l’écoute, ou pas ? Ou je dois essayer de voir en moi pourquoi les autres ne m’écoutent pas ? Je dois me faire respecter coûte que coûte ou je peux aussi abandonner mon droit au profit d’autrui ? La spiritualité sans l’idée du divin, est-ce viable pour l’âme ou pas ? Et puis que veut dire le spirituel ? etc.). J’essaierai de développer certaines de ces idées dans un prochain billet. D’ici là, vérifions un peu l’origine de ce que nous mettons en pratique et des vérités que nous avons fait nôtres. Et si on sent qu’on a les chevilles qui gonflent, ce n’est pas un forcément un manque de furosémide, mais peut être la preuve d’un manque de lutte contre un certain point faible plutôt centré sur l’ego … A moins que les deux médicaments soient nécessaires : un petit DIURETHIQUE® chaque matin !

 

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