Comment le Moi vit une hémorragie cérébrale : témoignage d’une spécialiste

« Combien de scientifiques spécialistes du cerveau ont-ils été en mesure d’étudier le cerveau de l’intérieur ? J’ai obtenu au travers de cette expérience de perte de mon cerveau gauche autant qu’au travers de ma carrière universitaire toute entière ». C’est ce que conclut le Docteur Jill Bolte Taylor, spécialiste en neurosciences, après son accident vasculaire cérébral survenu brutalement le 10 décembre 1996, dont elle mettra 8 années à récupérer totalement. Elle rapporte ici lors d’une allocution passionnante aux TED Talks la manière avec laquelle elle a vécu de l’intérieur, et en tant que neuroscientifique, cette hémorragie cérébrale : en mettant en parallèle les données scientifiques sur le fonctionnement du cerveau, telles qu’elle les a pensées sur le moment, et en particulier les spécificités fonctionnelles de nos cerveaux droit et gauche (l’hémorragie était survenue à gauche), et ses symptômes, elle décrit l’altération progressive et inéluctable de ses perceptions, de ses raisonnements, de ses possibilités motrices, et la manière avec laquelle elle a finalement opté pour le bon diagnostic et décidé de la nécessité de demander de l’aide … confrontée dans cette démarche à des difficultés complexes qu’elle a gérées avec beaucoup d’intelligence …

Dans la série « équivalent-NDE » initiée lors du dernier billet, cet article a tout à fait sa place … L’approche de la mort est ressentie de manière très intense lors de l’arrivée des secours … Encore une fois, nous n’entendrons pas une seule fois ici le terme « âme ». Tout juste « esprit », « conscience ». Ce qui est intéressant, même si on peut s’y attendre, c’est de constater ce clivage net entre un moi conscient qui analyse la situation, et un organe qui se détériore : étrange monologue de ce « moi », qui décrit en direct les perturbations engendrées par l’hémorragie, en se séparant nettement du cerveau et de ses déboires, dont on sent bien finalement qu’il devient presque un outil qui dysfonctionne et qui ne permet plus au moi de continuer à interagir de manière normale avec son environnement. Même quand le cerveau gauche cesse à plusieurs reprises, dans l’interprétation du Dr Jill Bolte Taylor, de fonctionner — elle emploie le terme anglais « mute », ou assourdir, couper le son — ce moi conscient continue à analyser la situation. Le sentiment de moi n’est jamais aboli et ne semble pas dépendant du fonctionnement cérébral, puisqu’il persiste jusqu’à l’impression de mort imminente et la perte de connaissance. Passionnants rapports entre le cerveau et le moi, dont la parfaite interaction est nécessaire afin que l’être humain soit en pleine possession de ses moyens et apte à actualiser ses potentialités. Chacun devra placer l’âme, l’esprit, la psyché, le psychisme, la conscience où il le souhaite dans cette chaine d’interactions dont l’approfondissement reste essentiel, par les neurosciences c’est vrai, mais aussi à l’échelon individuel.

Voir aussi son ouvrage : My Stroke of Insight, A Brain Scientist’s Personal Journey, publié par Penguin Group USA, et qui fait partie des New York Times Bestseller depuis 2008.


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