Emotions et raison : bonheur absolu de la compréhension

Andrew Wiles, immense mathématicien, pleure d’émotion sur cette vidéo en racontant l’histoire de sa démonstration du dernier théorème de Fermat, l’une des énigmes les plus connues de l’histoire des mathématiques, qui a tenu en échec des générations de chercheurs. Pour la petite histoire, Pierre de Fermat (XVIIème siècle) avait proposé son équation dans son exemplaire du livre Arithmetica de Diophante en indiquant qu’il en avait trouvé une merveilleuse démonstration … mais sans la donner car « elle ne tient pas dans la marge » !Il aura fallu de nombreuses tentatives ainsi que près de 350 ans d’efforts pour qu’une preuve en soit donnée en 1994, par Andrew Wiles.

Plus que l’histoire de la démonstration de ce théorème, ce qui m’a beaucoup intéressé et comme l’a relevé de manière très fine Nethical blog, c’est cette émotion qui a submergé Andrew Willes lorsqu’il a réalisé qu’il venait de trouver la solution, c’est ce moment de bonheur intense qui a accompagné — ou qui consiste en — la compréhension complète et intégrale de l’énigme mathématique, l’assimilation de la vérité scientifique qui, jusqu’ici, restait non démontrée … Il dit bien que c’est le moment le plus heureux de sa vie, et il est pris de sanglots à l’évocation même de ce souvenir. Il raconte ci-dessous dans le reportage complet que c’est la solution qui, soudain, de manière totalement inattendue, s’est révélée à lui … N’arrivant pas à le croire, il est resté immobile pendant une vingtaine de minutes sans pouvoir bouger puis, alors lorsqu’il sortait de son bureau et qu’il y revenait, il était surpris de constater que tout était encore là, tout tenait le coup, la démonstration fonctionnait, la vérité était toujours là, à sa portée, il l’avait comprise et assimilée. « La vérité était belle, simple, élégante ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit : le bonheur véritable de la compréhension des choses, le bonheur profond de la raison qui intègre la vérité de manière parfaite, le bonheur absolu de voir et d’assimiler la beauté de la vérité.

Ce qui est assez saisissant quand on regarde ces reportages, c’est qu’au niveau du fond, des mathématiques pures, nous, simples mortels, nous ne comprenons rien … Il s’agit ici d’un mathématicien brillantissime qui s’adresse à une poignée de mathématicien brillantissimes au sujet de concepts mathématiques qui nous sont totalement incompréhensibles, qui sont même hors de portée de nombre de mathématiciens non chercheurs … Ils sont heureux, entre eux, parce qu’ils ont compris … Mais cet état de bonheur nous est totalement étranger, on ne peut réellement le partager avec eux, on est en dehors du coup, on ne peut qu’observer leur satisfaction maintenant qu’un concept, une vérité de plus est assimilée en eux … Ce qui fait que dans une société de mathématiciens, une société où la compréhension des lois et concepts mathématiques serait le marqueur de qualité de vie, nous serions très malheureux …

On a tous cette expérience du bonheur de la compréhension. De ces moments où soudainement quelque chose se dévoile, et tout un pan d’un domaine s’intègre soudainement dans notre compréhension, dans notre bagage cognitif. Mes propres enfants expriment souvent ce contentement de l’accès à la compréhension simple de certaines choses qui, auparavant, leur étaient inaccessibles … En médecine, alors que les études sont maintenant loin, il nous arrive à tous encore de saisir des concepts de manière profonde, des choses que l’on croyait jusque là avoir comprises, mais il s’agissait d’une connaissance en réalité superficielle, trop théorique …On a déjà à maintes reprises parlé ici de l’intérêt salutaire d’un abord raisonné de la spiritualité et de l’âme, en opposition à un abord uniquement émotionnel qui, au delà de sentiments de joie et de bonheur éphémères, ne mène pas à la compréhension des choses : une fois les amusements terminés, les émotions passées, les démonstrations de pouvoir réalisés, une fois l’estomac plein, que reste-il qui soit réellement utile à notre âme ? Nous sommes constamment à la recherche de la vérité : la vérité sur nous-même, la vérité sur notre âme, la vérité sur l’univers, la vérité sur son origine, la vérité sur son créateur, etc. : lorsque l’on voit le bonheur intense d’Adrew Willes qui vient d’intégrer une vérité mathématique complexe, ce qui le place au sommet de sa science, on peut facilement imaginer ce bonheur qui serait le nôtre si nous étions amenés à comprendre toutes ces vérités fondamentales … A défaut de la compréhension de la démonstration du théorème de Fermat et d’une qualité de vie excellente au sein d’une société de mathématicien, engageons nous par la raison dans la véritable compréhension de notre âme et des moyens de parvenir à son accomplissement, là se trouve peut-être le bonheur absolu …

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One Response to Emotions et raison : bonheur absolu de la compréhension

  1. maiw says:

    L’émotion que l’on ressent de la compréhension parfaite est une joie très intense. Je ressent intuitivement cette impression sans l’avoir encore vecu.

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